[Journées d'étude : " L'éthique du refus "]
2008
sous la responsabilité de Aïcha Liviana Messina et Alexis Zimmer

 
 
Si dans le mot « éthique » on se propose de penser ce qui excède la stricte énonciation d'une « morale » déterminant négativement l'action, jugeant toujours à priori des valeurs où le sens se trouve figé d'un côté ou de l'autre d'une limite à ne pas dépasser, alors l'éthique se trouve indissociable de la formule de Nietzsche - « par delà le Bien et le Mal » - dont il reste à énoncer non seulement les conséquences mais bien aussi l'exigence, celle, précisément, qui échappe à toute fixation possible. On appellera « éthique du refus » cette injonction à penser et à agir à partir de ce qui se soustrait à toutes formes visant à hypostasier le sens, à tous cadres normatifs, à partir donc de ce qui se refuse à la loi d'une opération normative du sens.

On voit ainsi qu'une telle éthique est indissociable de son invention aussi bien que d'une excession et d'une transgression que d'une contestation de sa propre loi. Et si l'éthique ne se donne pas comme la soumission à des règles ou à des lois, le refus à son tour n'est pas un mot d'ordre visant à s'abolir dans une nouvelle figure positive. Il participe d'une exigence qui n'a plus de fin et n'autorise aucun repos, ni dans la conquête d'une forme ou d'une figure du sens, ni dans sa néantisation. Mais si l'éthique ainsi définie doit nous conduire à excéder « toute loi », il restera à nous demander si ce n'est pas toujours devant un mal présent ou à venir, devant ce que Foucault appelait « l'intolérable », qu'il nous est demandé de refuser, et bien de « refuser sans fin ». L'abandon ou le « dépassement » des valeurs morales, nous laisse-t-il indemnes du problème du mal ? Par ailleurs, si le refus n'est pas un moment négatif concourant à sa relève, comment cette posture excessive de l'éthique qui refuse sa propre figuration fait-elle irruption dans le champ du politique ? La soustraction et la récusation des procès normatifs et des figures hypostasiées du sens aboutit-elle à faire avorter tout projet politique ? Quelles sont les modalités d'une intervention au sein de règles et des processus sociaux, d'une attention face aux transformations parfois à peine perceptibles dans l'économie des pouvoirs ? En d'autres termes : à quels moments savons- nous qu'il faut refuser et comment le faire ?