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A
l’heure de la montée des
intégrismes, des
communautarismes, il est
nécessaire, pour la
salubrité même de la pensée
– par-delà les prises de
positions passionnées – de
faire retour ou tout au
moins de réfléchir sur ce
qui est souvent nommé «
valeurs occidentales » ou «
monde occidental ». Sur quel
socle reposent-t-ils ? Les
Lumières modernes semblent
en être aussi bien l’origine
que le fondement, accordant
une place centrale à la raison, militant pour une
égalité de tous, tout au
moins quant aux instruments
de connaissance, pour le
recul de l’obscurantisme en
faveur du savoir. Or, notre
modernité n’est-elle pas
par-là même hantée pas d’autres
lumières, non pas celles du
seul savoir mais de la foi ?
Les lumières médiévales,
fondant la raison sur la
Révélation, qu’elle soit
juive, chrétienne ou
musulmane, ne viennent-elles
pas hanter notre modernité
et par-là même interroger
son idéal de transparence,
comme en creux de ses «
valeurs » trop souvent
insues ?
Ce sera le projet de ces
journées : comment articuler
foi et savoir, rationalisme
et religion en tenant ferme
leurs distinctions, sans
abolir l’une des deux
branches de la tension ?
Quelle place peut avoir la
religion dans la cité ?
Comment articuler laïcité et
pratique d’une religion ou,
plus généralement d’une
croyance, sans verser dans
l’intransigeance ou le
fanatisme ?
Ces journées tenteront d’apporter
des pistes de réflexion au
travers d’un questionnement,
par des philosophes,
sociologues et
psychanalystes autour de
trois thèmes : qu’entendre
par « lumières juives
médiévales » à partir
principalement de la figure
de Maïmonide ; l’influence
des « lumières d’Orient »
autour d’Al-Fârâbî, d’Avicenne
et d’Averroès ; la question
de la mystique rhénane, avec
Strasbourg au cœur de son
apparition. Chaque journée
sera suivie d’un débat
ancrant ces réflexions aussi
bien dans nos interrogations
contemporaines que dans la
cité.
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programme (.pdf)]
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MARDI 10 MAI (AUBETTE)
20h
L’invu des Lumières modernes
Jean-Luc Nancy (Strasbourg)
« Qu’est-ce que les Lumières
? » Comment reprendre
aujourd’hui la question de
Kant, aussi bien en
remontant en arrière des
Lumières modernes qu’en
avançant jusqu’à notre temps,
qui nous demande de «
nouvelles lumières » ?
MERCREDI 11 MAI (AUBETTE)
(Journée d’études organisée
par l’équipe d’accueil de
philosophie allemande de l’Université
Marc-Bloch)
9h Logos et
Révélation chez Grégoire de
Nysse, Alain Durel
(Paris)
10h La notion de miracle
dans la théologie
dialectique du Maharal de
Prague, Joseph
Elkouby (Strasbourg)
14h « Sans comment ». Ibn
Taymiyya et le problème des
attributs divins,
Souheil Sayoud (Strasbourg)
15h L'idéal d'une
croyance rationnelle ?,
Géraldine Roux
(Strasbourg)
17h
Du
langage religieux au dire
sacré chez Maître Eckhart ?
Avec Benoît Beyer de Ryke
(Bruxelles), Marie-Anne
Vannier (Metz),
Wolfgang Wackernagel (Genève)
Comment dire l'indicible ?
Le langage religieux,
tentant d'exprimer ce qui le
déborde de toutes parts, ne
doit-il pas être relayé par
une autre approche, la voie
négative, lui donnant sens
par tout un travail de «
déboîtement » et de fêlure ?
La négation de toute
approche positive du nom
sacré est-elle dénuement
total ou seule voie de «
connaissance » du sacré chez
Maître Eckhart ?
20 h
Les juifs et l’Europe
Avec David Banon (Strasbourg),
Gérard Bensussan,
Jacob Rogozinski,
Jean-Michel Salanskis
(Paris)
La place des juifs dans l'Europe
et leurs apports à sa
culture se mesurent-ils à
l'aune d'une « symbiose » ou,
à l'inverse, d'une «
dissimilation » ?
Européanité cosmopolite ou
radicale étrangeté ? Au fond,
l'adresse et l'envoi lancés
par les
juifs à l'Europe, à sa
civilisation, à ses valeurs,
entre désir et refus, ne
visent-ils pas son
impossible « essence » ?
JEUDI 12 MAI (AUBETTE)
9 h Le statut de la
loi dans la cité vertueuse
des falâsifa, Meryem
Sebti (Paris)
10 h Lois humaines, loi
divine chez Maïmonide,
David Banon (Strasbourg)
11 h Pedagogy and
Politics in the later works
of Al-Farabi,
Francesca Albertini (Heidelberg)
14h Eckhart et la
naissance d'une spiritualité
laïque, Benoît Beyer
de Ryke (Bruxelles)
15 h Amour pur et
monothéisme absolu : le
Satan de Hallaj, Jad
Hatem (Beyrouth)
17 h
Mystique et dialectique.
L'impossible alternative
Avec René
Gutman (Strasbourg),
Jad Hatem (Beyrouth),
Marie-Anne Vannier
(Metz)
Dans le désir mystique
d'union avec Dieu, qu'il
soit juif, chrétien ou
musulman, la dialectique,
comme construction
philosophique et
conceptuelle, apparaît au
Moyen Age comme un chemin
nécessaire. Comment
comprendre cette tension
entre la nécessité du
concept et la volonté de son
dépassement ? Une réponse
pourra être esquissée par la
convocation de théologiens
ou de mystiques comme
le Maharal de Prague,
Nahmanide, Raymond Lulle,
Nicolas de Cues ou Maître
Eckhart.
20 h
La
politique de l’islam
Avec Abdelmajid Charfi
(Tunis), Jean-Luc
Nancy (Strasbourg),
Hamadi Redissi (Tunis)
Pour l’islam, quel est le
rapport entre religion et
politique ? La question
posée très souvent d’une
manière caricaturale sera
abordée à partir des
origines de l’islam et de
son invention au Moyen Age.
Comment articuler aujourd’hui
le message prophétique de
Mahomet à la pratique
historique des musulmans ?
VENDREDI 13 MAI (AUBETTE)
10 h De la pensée
talmudique à Maïmonide :
entre dogmatisme et
ouverture, David
Brezis (Paris)
11 h Leo Strauss et
Maïmonide : l'actualisation
de la pensée maïmonidienne
de la Loi comme promotion de
la philosophie politique et
des véritables Lumières,
Corine Pelluchon
(Paris)
14 h La cité idéale d'Al-Farabi
comme lieu philosophique de
conciliation entre foi et
raison, Georges
Khairallah (Strasbourg)
17 h
La déconstruction du
christianisme
Avec Jean-Luc Nancy,
Camille de Belloy,
Gérard Bensussan
La « clôture de la
métaphysique » dont le
christianisme serait le plus
lourd « verrouillage »
est-elle aussi
hermétiquement close qu'elle
le paraît ? Comment déclore
philosophie et foi afin de
mener encore plus loin les
Lumières ? Ne seraitce pas
là faire luire l'obscurité
même, la faire luire de sa
clarté propre?
20 h
Psychanalyse des
religions, religion de la
psychanalyse
François Balmès, Fethi
Benslama, Alain Didier-Weill,
Gérard Haddad (psychanalystes,
Paris)
Pour Freud, la psychanalyse,
si elle n'a pas pour objet
de réfuter la religion à
proprement parler, aura
cependant fourni les
éléments ultimes de sa
critique comme conception du
monde. Que reste-t-il de la
religion après la « mise au
point » psychanalytique ?
Qu'est-ce qui, de la
religion, oppose résistance
? Et comment penser encore
ce reste résistant ? Quatre
psychanalystes qui, chacun à
sa façon, ont
marqué un intérêt vif et
continu pour le phénomène
religieux, s'expliquent.
SAMEDI 14 MAI (AUBETTE)
14 h Les juifs dans
les mentalités chrétiennes
au XIIIe siècle,
Carole Wenner (Strasbourg)
15 h L'iconoclasme de
Claude de Turin : Lumières
carolingiennes ?,
Annie Noblesse-Rocher (Strasbourg)
16 h L’oreille médiévale.
Incursions dans les textes
et les musiques du Moyen Age.
Lecture par le comédien
Christophe Feltz, avec la
participation d’élèves du
Conservatoire national de
Région de Strasbourg.
17 h
La Loi
de Dieu
Rémi Brague (Paris-Munich)
L’idée de loi divine nous
est devenue étrangère.
Pourtant, elle a dominé les
croyances et les pratiques
depuis près de trois
millénaires. L’alliance
entre Dieu et la loi, nouée
en Grèce antique et dans la
tradition biblique, a revêtu
des formes
différentes dans le judaïsme,
le christianisme puis
l’islam. C’est l’histoire de
sa longue genèse, de son
épanouissement contrasté au
sein des trois religions
médiévales et de sa
dissolution avec la
modernité européenne que
Rémi Brague
se propose d’interroger.
Professeur de philosophie à
Munich et à Paris, Rémi
Brague vient de publier La
Loi de Dieu, Histoire
philosophique d’une alliance
(Gallimard). |