Argument : Philosophe qui
refusait la "pose philosophique",
Philippe Lacoue-Labarthe aura été un
penseur de grande envergure. Qu'il se
soit intéressé à Diderot ou à Rousseau,
à
la poétique de Benjamin, à la théorie de
Lacan ou à la poésie de Celan, à chaque
fois il en a donné des interprétations
novatrices. Dès ses premiers écrits, il
s'est intéressé à la manière dont ce
quasi-concept inassignable pouvait
ébranler les certitudes de la
philosophie. Ce qui l'avait conduit à
interroger la fonction de la mimésis au
théâtre, à partir d'une relecture de
Diderot et surtout de Hölderlin.
L'analyse qu'il a donnée, notamment dans
L'imitation des modernes (Galilée,
1986), de la conception hölderlinienne
de la "césure" tragique est devenue
classique. Il en est venu alors à
examiner la question du mythe, le projet
-propre aux temps modernes- de créer une
"nouvelle mythologie" et ses enjeux
philosophiques et politiques, depuis le
romantisme allemand jusqu'à Wagner.
Cette recherche était inséparable de
l'une de ses interrogations majeures :
de son désir de comprendre le phénomène
du nazisme. Pour rendre compte des
désastres du XX° siècle, il avait
entrepris d'analyser la conception du
politique comme "fiction" plastique qui
s'accomplit dans le
"national-esthétisme" : dans ce courant
issu du romantisme allemand qui envisage
la politique comme une "œuvre d'art
totale", il repérait l'un des fondements
du nazisme. C'est dans cette perspective
qu'il n'a cessé de questionner
l'engagement politique de Heidegger,
d'en rechercher les sources et les
implications dans l'œuvre du philosophe.
Dans sa jeunesse, il avait été,
disait-il, "subjugué par Heidegger",
malgré sa "répugnance à l'égard de son
passé politique". Que l'auteur de Sein
und Zeit ait pu adhérer avec
enthousiasme au nazisme, qu'il ne se
soit jamais expliqué sur les crimes de
Hitler, voilà qui demeurait pour lui une
énigme douloureuse. Il y est revenu
inlassablement pour tenter de comprendre
ce qui, dans cette pensée, avait rendu
possible la faute politique du penseur.
Dans La fiction du politique (Bourgois,
1987), il met en cause ce qu'il désigne
comme son "archi-fascisme" et il allait
y revenir dans Heidegger, la politique
du poème (Galilée, 2002) en s'en prenant
à la "confiscation mythico-théologique
révoltante" de Hölderlin par Heidegger.
Autant de questions qu'il a patiemment
travaillées dans une communauté amicale
avec d'autres philosophes, artistes et
écrivains. C'est à l'Université de
Strasbourg qu'il avait rencontré
Jean-Luc Nancy, auquel il s'est lié
d'une vive amitié et avec qui il a écrit
plusieurs livres, dont Le titre de la
lettre (Galilée, 1973), L'Absolu
littéraire (Seuil, 1978), Le mythe nazi
(l'Aube, 1991). Nancy et Lacoue-Labarthe
ont entretenu avec Jacques Derrida une
relation faite d'amitié, de partage, de
respect mutuel. Ils ont été à
l'initiative du premier colloque qui lui
sera consacré, en 1980 à
Cerisy-la-Salle, et l'ont invité à
plusieurs reprises à Strasbourg, jusqu'à
la veille de sa mort en 2004. Ils y ont
également invité d'autres chercheurs,
comme Paul de Man, Gérard Genette,
Emmanuel Levinas ou Jean-François
Lyotard et des écrivains comme
Jean-Christophe Bailly, faisant ainsi de
l'Université de Strasbourg un foyer
d'intenses échanges intellectuels.
Philippe Lacoue-Labarthe n'était pas
seulement l'une des figures majeures de
l'"école de la déconstruction", un
philosophe de premier plan dont l'œuvre
a été traduite et commentée dans le
monde entier. Il était également un
poète, un traducteur (de Lenz, de
Büchner, de Benjamin…) et un homme de
théâtre. Il a participé à l'aventure
collective du Théâtre National de
Strasbourg en retraduisant les pièces de
Sophocle réécrites par Hölderlin, mises
en scène par Michel Deutsch, puis par J.
L. Martinelli. Lui-même était l'auteur
de Sit venia verbo, une pièce centrée
sur la figure tragi-comique de Heidegger
dans l'Allemagne de 1945. C'était aussi
un enseignant désireux de transmettre sa
passion de la pensée, un grand
professeur dont ses anciens étudiants se
souviennent avec émotion et qui a
contribué au rayonnement de l'Université
de Strasbourg, où il a enseigné pendant
plus de trente ans.
De sa longue et patiente confrontation
avec l'auteur d'Hypérion, il avait
retenu, comme il l'écrivait jadis, que
chez Hölderlin "l'interrogation obstinée
et suffocante, aux portes de la folie,
sur la tragédie et la mimèsis est
indissociablement biographique". De
cette persévérance dans la question, de
la rigueur et du courage qu'elle
suppose, Philippe Lacoue-Labarthe aura
lui aussi fait l'épreuve, en nous
montrant de quel prix peut se payer,
chez celui qui ne transige pas,
l'exigence de penser. Le meilleur
hommage que l'on puisse rendre à un
penseur consiste à travailler sa pensée,
à la discuter, à la remettre en jeu.
Avec le soutien de l'Université de
Strasbourg où Philippe Lacoue-Labarthe a
enseigné pendant trente ans et du
Collège International de Philosophie,
qu'il a présidé à un moment critique de
son histoire, le "Parlement des
philosophes" désire organiser un
colloque international consacré à son
œuvre. Ce colloque fera alterner
conférences, tables-rondes et lectures
de textes poétiques. Nous désirons qu'il
soit largement ouvert à des chercheurs
et des étudiants de tous les pays, aux
amis et aux lecteurs de Philippe
Lacoue-Labarthe.
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Programme
m e r c r e d i
2 1 o c t o b r e
19h-21h h Librairie Kléber
présentation du livre Un homme littéral, Philippe
Lacoue-Labarthe (éd. Kimé) d'André Hirt, avec l’auteur
et I. Baladine-Howald
19h15-21h15 h Librairie Quai des Brumes
présentation du livre La medesima strada (éd. La
Phocide) de G. Aillaud, J.-C. Bailly et K. M. Grüber,
avec J.-C. Bailly et A. Potestà
j e u d i
2 2 o c t o b r e
9h-12h h Palais Universitaire, salle
Pasteur
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- |
Jacob Rogozinski
Ouverture du colloque |
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- |
Antonia Birnbaum
Profane, witzig, radical, lucide
: portrait de Ph.
Lacoue-Labarthe en Allemand
ordinaire |
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- |
André Hirt
"Sainteté" de Ph.
Lacoue-Labarthe |
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- |
Esa Kirkkopelto Alles schwebt –
Lacoue-Labarthe transcendantal |
14h-18h
h Palais Universitaire, salle Pasteur
| - |
Danielle Cohen-Lévinas
Musique et affects politiques |
| - |
Jean-Christophe Bailly
L'infinitif de la césure |
| - |
Francis Fischer
Une scène primitive |
| - |
Jörn Etzold
Tragédie et Trauerspiel – Ph.
Lacoue-Labarthe lecteur de
Benjamin |
19h-21h h Librairie Kléber
Michel Deutsch, Francis Fischer, Helga Finter,
Esa Kirkkopelto Ph. Lacoue-Labarthe et le théâtre
v e n d r e d i
2 3 o c t o b r e
9h-12h h Palais Universitaire, salle
Pasteur
| - |
Maud Meyzaud
L'homme comme animal sans
qualités |
| - |
Mehdi Belhaj Kacem
Ph. Lacoue-Labarthe et la
question de l'héroïsme |
| - |
Mira Kamdar
Le retrait du philosophe |
14h-18h h Palais Universitaire, salle
Pasteur
| - |
Marc Goldschmit
La condition impossible de l'existence
poétique |
| - |
Evelyne Grossman
L'"existence jouée" (lecture de
Phrase) |
| - |
Jérôme Lèbre
Un lyrisme sans moi (Ph.
Lacoue-Labarthe et Celan) |
| - |
Boyan Manchev
Le dernier romantique – ou de
l'anarchie poétique |
19h-21h
h Librairie Kléber
Isabelle Baladine-Howald, Sara Guindani, André Hirt,
Patrick Werly Ph. Lacoue-Labarthe et la poésie
s a m e d i
2 4 o c t o b r e
9h-13h h Théâtre National de Strasbourg,
salle Gignoux
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Susanna Lindberg
Le monde comme musique |
| - |
Huang Kuan-min
Incipit Vita, ou le lieu de l'affection
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| - |
Jean-Clet Martin
Typographies |
| - |
Andrea Potestà
L'emphase du caché |
14h30-18h30 h Théâtre National de
Strasbourg, salle Gignoux
| - |
Artem Magun
Le concept de mimésis chez
Adorno et Ph. Lacoue-Labarthe
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| - |
Sara Guindani
Pouvoirs de mimésis chez Ph.
Lacoue-Labarthe |
| - |
Bernard Harbas
Le concept de mimésis et la
logique de la supplémentation |
| - |
Sylvie Decorniquet
La vie de l'esprit et le vertige
de la pensée devant la mort (Ph.
Lacoue-Labarthe et J.L. Nancy)
|
20h-22h h Théâtre National de Strasbourg,
salle Gignoux
Jean-Luc Nancy Philippe
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