|
«
Mes notes de pose ». Tu as
trouvé que c’était un bon
titre, tu as reconnu... une
écriture ? Plutôt un devenir.
« Deviens l’écriture » : je
crois que, tacitement, c’est
ce que tu m’as dit. Je ne
savais pas écrire mais je ne
pouvais que devenir modèle ;
et l’écriture a été le
modèle de mon devenir.
Tu te souviens de cette dame
qui disait que les modèles
étaient « en chair et en os
» ? J’ai fait une moue que
tu sais bien faire aussi.
Non, un modèle devient le
silence d’une pose. Que cela
fût hors langage, ni une
danse, ni une philosophie,
cela nous a permis de bien
cerner notre sujet : le
modèle n’exhibe pas quelque
de tel que « son corps », et
il ne devient pas
phénoménologiquement «
esprit ». Une pose est l’âme
de toutes les contradictions
du temps et de l’espace.
C’est un geste impardonnable
car il s’excepte d’un
chapitre violent entre nous
: celui de la reconnaissance.
Poser me va si bien te
revient comme ce vertigineux
moment de méconnaissance
qui, suspendu, est devenu
pose.
Aïcha Liviana Messina,
Poser me va si bien,
Paris, P.O.L, mai 2005.
|