[Colloque "Cinéma et Philosophie"]
Automne 2010
sous la responsabilité de Renaud Paquotte, de Stéphane Roth et de Francesco Paolo de Sanctis .

 
 

Institutions associées : département des arts visuels de l'UdS, Centre de recherche sur la philosophie contemporaine, Cinéma "l'Odyssée", librairie Kléber

Modalités : les journées auront lieu à Strasbourg à l'automne 2010 – elles feront alterner projections de films, conférences et tables-rondes.

Argument :

En 1923, J. Epstein écrivait que « la philosophie du cinéma est tout à faire. » A-t-on avancé en ce sens ?
S’il y a un grand nombre de textes sur le cinéma d’ordre historique, biographique, technique ou encore théorique, on compte très peu de textes philosophiques. S’il nous semble qu’une réflexion philosophique sur le cinéma possède une légitimité, c’est parce que (comme le dit Gilles Deleuze au début de Cinéma 1), le cinéma est une forme de pensée au même titre que la philosophie. Davantage, le cinéaste pense la même chose que le philosophe, même s’il pense au moyen d’un medium qui lui est propre, à savoir l’image (la composition du plan et leur succession, donc le cadrage et le montage). Tel est le présupposé fondamental à partir duquel ce colloque voudrait se construire. Ce colloque se veut donc une tentative afin de relier le cinéma et la philosophie, une tentative pour saisir dans l’expérience cinématographique elle-même son unité conceptuelle génératrice. Seul ce parti-pris de l’immanence peut révéler ce que le cinéma permet à la philosophie : développer toujours et encore de nouvelles puissances. Pour ce faire, trois axes possibles sont envisagés.
Tout d’abord, il y a la voie de la représentation philosophique au cinéma. Que ce soit à travers l’illustration de thèses, de thèmes ou de postures philosophiques, il s’agit d’interroger le cinéma dans sa dimension esthétique, dans sa capacité à créer et à représenter des idées et des concepts. Dans cette perspective esthétique, se pose aussi le problème du statut d’artistique de l’œuvre filmique et des ses lieux (une série telle que Twin Peaks de D. Lynch peut-elle être considérée comme du cinéma ?). Quelle est la frontière entre l’œuvre d’art cinématographique et la société du spectacle (pour reprendre une notion de Debord ?). En cela, il s’agit de dépasser un simple questionnement sur la dimension soi-disant « artistique » du cinéma, afin d’en cartographier la topologie elle-même.
Ensuite, il y a la voie interne au cinéma : pense-t-il, ou plus précisément, comment le cinéma se pense-t-il, comment se voit-il à ses propres yeux ? À travers ce questionnement interne du cinéma sur lui-même, les cinéastes peuvent apparaître comme des penseurs instituant de véritables courants de pensée, c’est notamment le cas pour Bazin. Cette voie interne est aussi celle qui concerne le cinéma dans sa réalité filmique et technique propre. Une série des réflexions sur la réalité cinématographique peuvent apermettre de s’arrêter sur l’ontologie du dispositif technique (on a qu’à penser, par exemple, à l’évolution du digital, qui a changé, peut-être pour toujours, l’être du photogramme, cette « ontologie de l’image cinématographique » dont parle Bazin).
Enfin, le troisième axe de réflexion serait plutôt celui du cinéma en tant qu’expérience philosophique. Peut-on penser au cinéma ? Peut-on penser avec le cinéma ? Peut-on penser cinématographiquement ? Le cinéma comme médium, comme forme artistique et/ou d’opération sur l’espace et le temps engendre un monde, crée de nouvelles vérités. C’est bien dans cette capacité créatrice, unique du cinéma qui est à la fois image et mouvement, que réside sa puissance. C’est le cinéma lui-même qui fait penser. Comme le dit Deleuze, le cinéma n’a d’objectif que « la pensée et son fonctionnement ». Il ne s’agit donc plus d’une comparaison d’avec les diverses théories philosophiques ou de l’instauration d’une vision du monde, mais bien de considérer le cinéma en tant qu’instrument de la philosophie. Or, penser le cinéma comme expérience philosophique revient aussi à poser la question du lieu du cinéma, de la réalité-autre des mondes qu’il crée, de son ontologie propre.